Nouvelles

Mariage : une affaire de riches?

À un certain moment dans une relation, presque tous les couples ont une grande (et parfois difficile) décision à prendre : devrait-on se marier ? Plusieurs articles concernant la corrélation entre le mariage et le revenu ont paru récemment dans divers journaux, notamment dans La Presse, The Gazette et National Post. Dans ces articles, on explore le fait que les personnes ayant des revenus élevés auraient plus tendance à se marier que ceux ayant un revenu moyen ou faible. Est-ce que le revenu familial a réellement un tel impact sur la décision de se marier ?

Une étude réalisée par The Institute of Marriage and Family Canada avance que 86% des ménages à revenu élevé implique un couple marié ou « common-law spouse »[1] alors que ceux de la classe moyenne en comprendraient seulement 49%. Les ménages ayant les revenus les plus faibles du pays ne compteraient que 12% de couples mariés ou « common-law spouse ».

Est-ce que cela veut dire que les personnes à faible revenu ne se marient pas? Selon un article paru dans The Gazette[2], les personnes à faible revenu se marieraient aussi, souvent à un âge beaucoup plus jeune que les personnes à revenu plus élevé, mais obtiendraient le divorce plus souvent à l’âge où les personnes à revenu plus élevé commenceraient à se marier. Monsieur Eli J. Finkel nous apprend dans son article intitulé The all-or-nothing marriage paru dans le National Post le 24 février 2014, qu’un mariage nécessite un investissement en temps et en ressources pour qu’il fonctionne. D’ailleurs, ce sont des investissements difficiles à faire pour une personne lorsqu’elle peine à satisfaire les besoins courants de la vie (loyer, électricité, chauffage, nourriture, etc.).

Le mariage représente certes un avantage économique, d’abord parce qu’il implique deux personnes pour partager les tâches et assumer les dépenses de la famille. Le fait de partager les dépenses courantes permet d’épargner plus, entre autres, pour la retraite, ce qui réduirait la pauvreté au niveau des aînés. La Régie des rentes du Québec abonde dans ce sens en octroyant un certain avantage aux conjoints (mariés et de fait) par la rente pour conjoint survivant. La politique du fractionnement de revenu projeté par le gouvernement fédéral favorisera également les couples ayant un revenu élevé. Les couples mariés auraient tendance à avoir un standard de vie plus élevé que celui d’une personne vivant seule. Il est souvent perçu que les couples mariés seraient plus heureux et vivraient plus longtemps qu’une personne seule. Cependant, comme la plupart de ces arguments ne sont pas spécifiques aux couples mariés et peuvent s’appliquer aux couples en général, ils ne peuvent pas à eux seuls expliquer la disparité constatée par l’étude de The Institute of Marriage and Family Canada.

Le même article paru dans The Gazette met en évidence certaines tendances qui peuvent expliquer cette disparité. Parmi ces tendances, notons que les personnes à revenu plus élevé seraient plus susceptibles d’épouser des personnes à revenu élevé (qui se ressemble s’assemble). Les exigences de dépenses pour la cérémonie du mariage peuvent être faramineuses et nécessitent donc des économies. On remarque également que plus de femmes poursuivent des études postsecondaires, ce qui retarderaient le mariage jusqu’à l’obtention du diplôme. Un argument convaincant est que la société aurait changé sa façon de voir le moment « idéal » pour se marier. Il y aurait maintenant une tendance croissante à vouloir attendre jusqu’à ce que toutes les pièces du casse-tête économique soient en place avant de se marier, ce qui compliquerait la donne pour les groupes à revenu plus faible.

Est-ce que cela reflète bien la situation particulière de la province du Québec ? La décision de la Cour suprême dans l’affaire Éric et Lola exclut la possibilité pour les conjoints de fait de se prévaloir des dispositions sur le patrimoine familial et la pension alimentaire lors d’une séparation, à moins de s’y soumettre par une convention à cet effet. Ces dispositions réservées uniquement aux époux ne permettent pas de traiter les conjoints de fait du Québec de la même façon que les « common law spouses » du reste du Canada. Autant que les conjoints de fait peuvent se sentir désavantagés par ce fait, les personnes mariées ne peuvent s’y soustraire. Lors d’un divorce entre deux personnes ayant une différence importante de revenus, l’époux au revenu le plus élevé peut avoir l’impression de perdre, alors que le partage du patrimoine familial n’a pas autant d’impact lorsque les époux ont un revenu similaire.

Que retenir de tout ceci ? Que le revenu d’une personne aura une influence certaine sur la réponse à la question : devrait-on se marier ?

 

Cet article a été préparé pour Assistenza International. Il ne constitue pas un avis, ni un conseil juridique. Consultez un avocat ou un notaire concernant votre situation. Aucune reproduction ou utilisation non autorisée n’est permise.


[1] « Common-law spouse » fait référence  aux conjoints de fait que l’on retrouve dans les provinces du Canada autre que le Québec et qui ont essentiellement les mêmes droits et obligations que les couples mariés, contrairement aux conjoints de fait au Québec.

[2] « For love and for money : the income gap in marriage », par Misty Harris, paru le 26 février 2014 dans The Gazette